Festival BLOOM : Une fête des corps et des mémoires
Le Festival BLOOM revient pour la 5e année avec une programmation audacieuse qui fouille notre relation à la danse. Porté par Sylvain Huc, artiste associé à la ville de Tournefeuille, l’événement met en lumière des écritures singulières, une exploration de la danse au-delà des codes traditionnels.
Cette édition interroge la danse dans ses formes les plus essentielles, en fait émerger une empreinte archéologique tout en restant connectée à des questionnements très ancrés dans l’actualité…
Interview de Sylvain HUC, directeur artistique
Depuis le début, ce qui guide mes choix artistiques c’est une double exigence ; l’envie de partager des pièces à voir absolument et dotées du pouvoir de toucher tous les publics. Ce grand écart-là, il est possible alors il faut le faire !
Ce qui unit les artistes de cette édition, Vincent Dupont, Alessandro Sciarroni, Pierre Pontvianne, Marion Muzac, Bérénice Legrand, Gwendal Raymond, Jazz Barbé ? C’est de la danse, mais c’est aussi un autre langage. A travers eux et avec eux, on s’aventure dans de nouveaux territoires. Ainsi le solo de Pierre est un OVNI de 50 minutes pendant lesquelles le performeur se meut au sol. C’est à la fois un objet artistique et une curiosité, mais aussi une expérience à part entière. Alessandro revisite une polka italienne disparue et qui se danse entre hommes, cette pièce est un acte d’archéologie chorégraphique, et pourtant un manifeste complètement actuel. Historien de formation, je suis sensible à cette démarche qui chez moi est totalement dénuée de nostalgie. Au contraire elle est ce qui éclaire le présent, comme la lumière des étoiles disparues.
Ce qui fait unité dans tout cela, c’est aussi une forme d’urgence. C’est presque urgent aujourd‘hui de montrer quelque chose comme Save the last Dance for me ou I am here, un mouvement de résurgence qui fait coexister la redécouverte, la sidération aussi et la recherche de formes qui n’ont jamais été montrées, de sensibilités qui n’ont jamais été exprimées comme telles.
Il est beaucoup question de fête et de partage dans ce festival. Une sorte d’antidote visant à décomplexer la danse contemporaine d’un prérequis nécessaire à sa compréhension ?
Je ne peux décorréler ce temps de ce festival du plaisir que j’avais enfant et adolescent à attendre le départ de mes parents pour mettre Boney M et me mettre à danser comme un cinglé ! Pour moi cela participe d’une même logique. Le Bloom a l’ambition d’un pont jeté entre clubbers et spectateurs, de relier le travail participatif que propose Gwendal à l’Ecole de Danse ou encore la déambulation (FanFare Futureavec les musiciens de l’isdaT) que propose Marion avec le public. Il et elle s’emparent d’un langage très pop, très partagé, qui recèle des couches complexes, savantes, et cela reste une première, une surprise que je vais découvrir en même temps que vous.
Le Bloom fait percevoir l’immense champ de cette pratique de la danse par des amateurs. De plus, je ne mets aucune hiérarchie entre pratiquant ou non. Ce serait oublier une réalité scientifique (les neurones-miroir) qui fait que regarder d’autres corps qui bougent ou expérimenter soi-même active les mêmes zones de notre cerveau dans les deux cas. Dans un monde où tout s’étrique, toute expérience telle qu’en propose le festival permet de retrouver le corps dans sa matérialité, sa présence physique, sans la médiation des médias virtuels. C’est une forme de résistance à ce qui fige les corps. Alors si prise de risque il y a, c’est seulement une tentative de préserver absolument quelque chose de très concret et de très profond, c’est-à-dire une expérience à soi.
P.I.E.D#formatdepoche s’invite lui aussi comme un ovni dans la programmation. En quoi cette relation au jeune public est si importante ?
Bérénice est une artiste que je connais peu et que j’avais envie de découvrir. Cette pièce qui s’adresse au très jeune public fait écho à ma propre recherche. Je me suis souvent attelé au jeune public, mais plus les 5-6 ans. Or avec les tout-petits l’exigence est encore accrue car on vient nourrir un regard qu’on ne comprendra jamais. La danse ne parle que d’elle-même, autrement elle s’encombrerait de quelque chose de superflu à mon sens, en tout cas qui m’est étranger. Un corps qui bouge d’une certaine manière dans l’espace et le temps, sans rien raconter que ce corps-là, c’est l’essence même de la danse, et cela entre complètement en résonance avec cette zone mystérieuse de la petite enfance. Quant au motif archaïque de l’empreinte du pas qui foule le sol commun, cette expérience fondamentale de l’apprentissage de la marche comme manière de s’approprier l’humanité, cela aussi résonne fortement avec l’énergie qui irradie le Bloom ! Et c’est une belle manière de finir ainsi pour le festival, par un commencement.